Le postillon
fulminait à l'adresse des pierres éparpillées le long des
mauvais chemins de Californie ; l'un de ces rocs venait de briser net une roue
du coche. Les souples à-coups de l'éventail de Dona Isabella de
Gobapina, l'unique passagère, luttaient contre la moiteur de cette nuit
d'août 1807. Les cliquetis de sabots ferrés précédèrent
trois cavaliers empoussiérés surgissant des ténèbres.
Le cocher salua la providentielle irruption :
- Messieurs, vous êtes
nos sauveurs ! Pouvez-vous aller quérir d'urgence le maître charron,
juste après cette colline ?
Sans un mot les quidams
immobilisèrent leurs montures à quelques mètres de la calèche,
mirent pied à terre. L'épaisseur presque palpable d'un lourd silence
s'installa. D'un ton peu assuré le roulier se risqua à amadouer
les sourires carnassiers.
- Mes seigneurs, je me permets
d'insister : nous avons plusieurs heures de retard et les lanciers Los Angeles
peuvent à tout moment s'inquiéter du sort des missives que je
transporte.
Un grand échalas,
sec comme un coup de trique, glissa sa dextre vers la fonte de sa selle, extirpa
une lourde pétoire qu'il amorça sous le museau de son interlocuteur
- Aie donc l'obligeance
de nous remettre ta recette ainsi que le coffret du courrier dont tu as la charge.
Quant à Mademoiselle, il conviendrait qu'elle se délestât
de ses ressources sonnantes et trébuchantes…
Dona Isabella se raidit
mais les rapières des deux autres acolytes dissuadaient toute tentative
de rébellion. Conservant une noble dignité elle tendit sa bourse.
Brusquement, le cocher porta la main vers sa ceinture ; un coup de crosse brutal
le frappa au visage ; désarticulé sous le choc il s'affaissa sur
l'herbe desséchée du bas côté.
- Vos bijoux, belle dame…
Les malandrins convergeaient
vers la jeune femme. Maladroitement elle délaissa ses bagues, fit glisser
le bracelet d'or, dégrafa le collier orné de joyaux délicatement
ouvragés. La voix à la douceur affectée de l'homme au pistolet
s'éleva à nouveau.
- Le carence de voyageurs
nuit au bénéfice escompté. Nous allons donc être
contraints de nous payer en nature...
Le canon glacé de
l'arme frôla le sillon parcourant la naissance des seins qu'une respiration
oppressée animait. D'un geste vif la main gauche du truand agrippa le
haut de la robe, l'étoffe déchirée exposa aux rais de la
pleine lune la blancheur d'une poitrine ronde et ferme où trônaient
de larges aréoles. La terreur paralysait toute tentative de réaction,
des gouttelettes de sueur perlaient le long de ses appâts. Les beaux yeux
noisettes se fermèrent.
Elle n'eut pas le temps
de se demander s'il convenait de balancer entre résistance opiniâtre
et soumission passive car une mâle clameur tonna :
- Laissez cette demoiselle
où il vous en cuira, foi de Braquos, le Justicier qui dégaine
plus vite que son ombre !!
La sécheresse d'un
claquement fit tressauter les globes parfaits que venait d'exhiber le bourreau,
désormais à genoux. Une lanière de cuir serpentant autour
de son avant-bras, il se releva, empoigna sabre et navaja dissimulée
dans sa botte. Une balle fracassa l'épaule d'un acolyte qui s'essayait
à récupérer le fusil fixé à la selle de sa
monture. Un homme coiffé d'un foulard de pirate percé au niveau
des yeux faisait face aux deux bretteurs encore debout, une cape repliée
sur la saignée de son bras droit, pistolet fumant glissé dans
une élégante bande de tissu nouée sur le flanc gauche ceignant
un costume de fine soie noire. Un fleuret jaillit de son gantelet de cuir.
Ses deux adversaires se
fendirent en postures qui connotaient les soudards défroqués.
Le brigand le plus proche fut en un tournemain enveloppé de la cape.
Son crâne résonna d'un violent heurt de la coupelle cuivrée
qui gardait la poignée de l'épée : projeté sur le
dos il se mua en paisible descente de lit. L'homme à la navaja fut plus
coriace, alternant feintes vicieuses et assauts directs des deux armes. La prestance
de gaucher de son adversaire esquivait tout en souplesse chaque coup porté
en une parade digne d'un danseur de cour. La fine lame cingla le bras qui portait
le coutelas.
Semi-désarmé
le lascar recula pour se donner le temps de récupérer une assiette
stable et assurer sa garde. Son jeu d'escrimeur se fit de plus en plus défensif,
il soufflait comme un boeuf. Acculé contre un rocher, un moulinet projeta
son glaive selon une gracieuse parabole. La rapière du vainqueur s'enfonça
légèrement sous la pomme d'Adam, descendit vers la ceinture qu'elle
trancha net. Le pantalon chut jusqu'aux chevilles.
- Tu mériterais mille
fois que je débite l'instrument du sordide délit que tu allais
commettre à l'encontre d'une sublime incarnation de la beauté…
Braquos porta deux doigts
à ses lèvres, émit un sifflement modulé. Un splendide
hispano-arabe à la robe noire s'approcha d'un pas hiératique,
semblant glisser sur le sol. Son propriétaire se saisit de la corde enroulée
au pommeau, la découpa avec le couteau subtilisé, saucissonna
les truands à un arbre au tronc noueux puis vérifia que le malheureux
cocher n'était qu'assommé.
Dona Isabella occulta son buste tant bien que mal, non sans scruter son sauveur
: grand, mince, aux attaches fines, une discrète moustache ornant l'ourlet
sensuel de la lèvre supérieure.
- Je vois
enfin de près le célèbre Braquos dont les frasques font
pâmer la gent féminine de toute la contrée. Je vous remercie
infiniment de votre miraculeuse intervention. Je suis l'invité de Don
Alexandro de la Viagra : il saura vous récompenser.
–
Avoir tiré de ce mauvais pas une aussi charmante voyageuse suffit à
mon bonheur. Mais je vous chaperonnerai avec grand plaisir à l'hacienda
de vos amis. Les lanciers vont surgir sous peu et ils comptent bien m'héberger
dans la même geôle que ces goujats. Si vous préférez
notre compagnie à l'escorte de la soldatesque montez en croupe sur Erecto,
mon fidèle destrier…
Le séant
de notre héros rallia la selle, son bras délié à
la fermeté d'airain souleva la jouvencelle pour la caser sur ses arrières.
La jeune fille posa les mains sur les hanches du cavalier. Le doux balancement
du trot de la monture était propice aux frôlements de la pointe
des seins le long des dorsaux qu'elle percevait à travers la chemise.
Les paumes de la belle bifurquèrent sur les cuisses lorsque le cheval
fit un écart pour éviter un crotale. Petit à petit l'homme
sentit qu'un index effronté prenait possession de son entrejambe, folâtrait
doucement sur le pantalon des clochettes au sommet, de la cime à la base
; les globes somptueux s'écrasèrent contre son dos ; un souffle
chaud à l'irrégularité chaotique taquinait sa nuque. Un
discret mouvement de poignet tendit le licou, le pas du docile équidé
se figea. Les doigts experts furetèrent au contact direct du vit, exploraient
la colonne charnelle, cajolaient la boule sommitale, titillaient la fente entrouverte.
- Mmm !
Il semble que les dignes représentantes de l'aristocratie féminine
soient d'une courtoisie des plus exquises…
- …
qui ne demande qu'à s'exprimer lorsqu'elle trouve un terrain favorable.
Surtout quand certains… comment dire… arguments sont bien au-delà
des canons usuels, dignes de combler les reliefs de la géographie vénusienne.
Si Dona Isabella ne se prend pas, elle consent à se donner à toi…
Braquos
virevolta adroitement pour se placer face à l'adorable dévergondée.
Ses longues mains délestèrent de la robe et du panty le corps
de liane qui s'offrait, plièrent avec soin les effets et les déposèrent
sur le col de l'étalon. Il contempla longuement le visage aux pommettes
saillantes, le nez retroussé, l'amande des yeux soulignée par
des cils interminables, le pourpre d'une bouche gourmande frémissante
de désir. La tension des mamelons agrémentait les courbes prometteuses
de la gorge, une taille d'hyménoptère surplombait le galbe des
hanches prolongé par la fermeté de deux cuisses veloutées
sans le moindre défaut, qu'elle écarta encor pour arborer une
chair rosée de coquillage sertie par l'écrin troublant d'une toison
d'ébène. Le cavalier se dressa sur les étriers pour déployer
les amples proportions de sa grand vergue. Tel le fourreau gainant un sabre,
l'amazone coulissa de sa moite intimité sur le membre dressé,
pouce par pouce.
- Santa
Maria !! Mon jardin d'Eden a quelques difficultés à prendre possession
de ce sceptre charnel. Ouiii ! Quel cierge herculéen, laisse-moi en faire
suinter la cire Ô Don Braquos !
Leurs lèvres
se scellèrent fougueusement, les mains gantées parcoururent ses
épaules, sa croupe charnue, lui ceinturèrent le râble. Maître
de ses sens l'homme laissa de Gobapina mener l'impétueuse cavalcade à
sa guise, ralentir, accélérer, jouer des reins pour s'empaler
jusqu'à la garde puis arpenter le dense obélisque. En contrepoint
de leurs halètements de félins en rut, le chapelet plaintif des
jappements des coyotes s'égrenait au loin. Une félicité
d'hystérique fit arquer la femme lorsque les flots de sève jaillirent
en vigoureuses saccades, ses mollets se crispèrent aux flancs de l'amant
travesti. Le cheval, blasé (était-il dressé à servir
de terrain de divertissements érotiques ?) n'avait pas bronché
une seule seconde… Isabella réintégra une tenue décente,
recouvrit son buste encore palpitant de l'éventail ; attributs rengainés,
Braquos se replaça face à l'encolure du pur-sang qu'un coup de
talon lança au galop.
Le domaine
des de la Viagra était à deux jets de sabots. Le maître
des lieux accueillit sa protégée à bras ouverts, saluant
le justicier qui fit cabrer son étalon avant de se fondre dans la nuit.
Une heure plus tard Don Diego, hors d'haleine, rejoignit la confortable demeure.
- Fou d'inquiétude,
j'ai galopé ventre à terre à votre recherche. J'ai croisé
les lanciers : vous auriez échappé à un sort plus que funeste…
Je vous rends votre pécule et les parures que ces braves soldats m'ont
remis, ainsi que votre malle de voyage.
- Le providentiel
Braquos m'a sauvée et… heu… prise sur sa monture. Je ne l'en
dédommagerai jamais assez !
- Allez
vous remettre de ces émotions, Dona Isabella. Nous tenterons de vous
faire oublier cette pénible épreuve.
Une servante indienne conduisit la demoiselle à ses appartements et lui
prépara un bain parfumé à la fleur d'oranger. Alanguie
par la tiédeur de l'eau, la tension de son corps moulu s'apaisait lorsqu'elle
entendit se refermer la porte de la chambre voisine. Elle se sécha, choisit
méticuleusement une paire de mules et son négligé le plus
vaporeux, reconstitua les torsades du chignon, agrafa une lourde paire de boucles
d'oreilles, maquilla discrètement son visage. Isabella toqua contre l'huis.
- Je souhaiterais
vous remercier de votre sollicitude.
- Entrez,
mais tout le mérite en revient à Don Braquos.
- C'est
précisément à son propos que je désirerais m'entretenir
avec vous…
Don Diego
était en robe de chambre, assis devant un secrétaire ciselé
de marqueteries en bois précieux. Il reposa la plume d'oie dans l'encrier
et joignit les doigts.
- Je suis
tout ouïe, parlez-moi donc de notre héros du cru. S'il n'avait pas
préservé de la flétrissure la jeune fille qui m'est si
chère je serais en droit de jalouser ses exploits nocturnes.
- Je n'en
suis pas certaine car je suis en train de me demander si vous n'auriez pas quelques
particularités en commun dont je tiens à m'assurer…
- J'ai tendance
à être infidèle à Morphée, m'adonner aux devinettes
me fera passer le temps.
La signorina
s'approcha d'une démarche ondulante à quelques centimètres
de son hôte.
- J'ai remarqué
que vous êtes tous deux gauchers.
- Tare certes
partagée par une minorité mais qui doit être l'apanage de
quelques centaines de californiens.
- Yeux clairs
et coupe identique de moustache de gentilhomme…
- Le choix
se rétrécit, mais les rejetons de patriciens suivent comme un
troupeau la mode capillaire…
- Hanches
étroites de danseur, fesses musclées, épaules découplées,
finesse des poignets, taille d'environ six pieds.
- Vous feriez
un redoutable procureur, si cet état était ouvert à la
gent féminine. Mais je pourrai vous citer une dizaine de nobliaux de
la contrée dignes de ce portrait.
- Et le
parfumeur serait une fréquentation commune ?
- Je vous
l'ai déjà dit, nous autres, modestes seigneurs, avons les mêmes
mœurs.
- Sourire
et voix ironiques étrangement jumelles. Or je doute fort que l'austère
Don Alexandro ait un fils caché.
- Qui sait
? Mais, quitte à vous lasser, je vous répète que les jeunes
nobles sont coulés au moule.
- Vous êtes
prêt à souiller la réputation de votre géniteur pour
vous protéger de vous-même… Alors, vous ne me laissez guère
le choix : certaines caractéristiques anatomiques ne sauraient échapper
à la perspicacité féminine.
Dans un
rire perlé l'effrontée posa les doigts près de l'aine de
son interlocuteur, écarta les pans du vêtement, délivra
une turgescence hors norme, se laissa couler entre ses cuisses.
- Mon tout
beau, l'orée de la soirée m'a donné l'occasion de jauger
le sosie de ce splendide bougeoir !!
- Si j'ose
m'exprimer ainsi, je suis démasqué… et ne vois qu'un moyen
de couper court à votre conversation inquisitoriale. Néanmoins,
soyez rassurée : votre bouche lascive ne sera pas livrée à
l'oisiveté !
- Mon charmant
confesseur, jésuite accompli, ne m'autorise point à deviser lorsque
mon palais enveloppe un quelconque objet à savourer !!
La main
assurée de Don Diego subtilisa la chemise de nuit éthérée,
pesa sur la nuque de la belle intruse. La pulpe charnue des lèvres sillonna
la tige, laissa la place à une langue goulue dont les vibratos remontèrent
jusqu'au prépuce, décachetèrent l'écarlate de l'apogée.
De licencieuses caresses massaient tout en finesse les grelots congestionnés
de désir. Un regard de catin énamourée soulignait les inflexions
de chacune des subtiles gâteries de babines véloces picorant le
chibre.
Les voluptueuses
inhalations interprétèrent une sarabande perverse où tour
à tour la hampe était engloutie puis découverte. L'évidente
accoutumance à cette pratique libertine fit se consacrer l'aristocratique
hétaïre au pinacle lorsque celui-ci trépida : l'une après
l'autre les éclaboussures du nectar de Mars irriguèrent le gosier
hospitalier - mais restèrent toutefois captives de ce vorace étui
buccal.
Le jeune
homme empoigna le buste plantureux pour y étancher le suc résiduel
à même l'épieu. Yeux mi-clos la friponne effleurait l'objet
de sa concupiscence de ses tétons hardiment dardés. Sa senestre
se livrait à un manège des plus licencieux au bénéfice
de la béance ténébreuse du delta dévoilée
par l'écart de jambes de biche.
- Ma belle,
ayez l'obligeance de rester accroupie mais en me tournant le dos. Nul n'ignore
que votre côté pile est l'égal de votre façade aguichante
et - je le confesse - comblerait mon tempérament cavalier, car nous autres
gentlemen-farmers avons quelques rustres traditions…
Ses phalanges
cramponnèrent la croupe, en firent diverger les sphères dont la
ligne médiane hébergea de tendres allers et retours intensifiant
la raideur préalable aux effusions sodomites. La chute des reins de la
fougueuse pouliche se cambra pour recevoir les hommages prédits. Un cri
étranglé agréa la progressive ingérence de la verge
dans l'étroit vestibule.
Paumes cajolant
flancs puis velours de la gorge, de la Viagra éloignait sa monture de
la source de leur jouissance conjointe, l'embrochait, ressortait, plongeait
à nouveau dans les profondeurs du méat. Les épidermes distillaient
une suée huileuse. A la lueur vacillante de la bougie, un miroir au cadre
paré de volutes baroques reflétait l'expression dissolue du visage
de la femme, les soubresauts des seins répercutant les cahots infligés
avec maestria à la petite caverne. Les énergiques jets de semence
annoncèrent le prévisible échappatoire, qui avait toutefois
été ajourné par la friandise que venait de concéder
de Gobapina…
Nuit après nuit Don Diego paya de sa personne et ainsi sauvegarda l'anonymat
de Don Braquos. Les mâles comestibles présents sur le domaine et
quelques visiteurs firent pour leur part l'objet des frasques de l'ardente donzelle.
Son goût insatiable pour l'expérimentation la poussa à vérifier
que la langue de Pinardo, le fidèle serviteur muet, était apte
aux caresses buccales ; même Don Alexandro, veuf qui portait encore beau,
eut son contingent de siestes libidineuses. Après le retour d'Isabella
en Espagne l'hacienda s'enlisa dans sa léthargie routinière...